Alfred Rosenberg

 

alfred rosenberg

Alfred Rosenberg, né le 12 janvier 1893 à Reval et mort le 16 octobre 1946 à Nuremberg, est un homme politique, architecte et essayiste allemand, membre du Parti national-socialiste des travailleurs allemands et théoricien du nazisme. Durant la Seconde Guerre mondiale, il occupe le poste de ministre du Reich aux Territoires occupés de l'Est. Condamné à mort lors du procès de Nuremberg, il est exécuté par pendaison.

Rosenberg est issu d'une famille germano-balte. Un temps protégé du mystique russe Dimitri Merejkovski, il entreprend des études d'ingénieur-architecte à l'École impériale technique de Moscou, aujourd'hui université Bauman. Il fuit la révolution bolchévique et s'établit à Munich en 1918, où il fréquente l'ordre de Thulé se ralliant alors aux doctrines raciales de Dietrich Eckart (1868-1923) qui le présente à Adolf Hitler.

Le NSDAP exerce alors une forte attraction sur les Allemands de l'étranger, ces derniers, en retour, jouaient un rôle essentiel dans son développement.

Une vision nationale-socialiste de l'Histoire

À ses yeux, le combat des races constitue la raison d'être de l'Histoire humaine. En cela, il fait totalement siennes les conceptions historicistes de Hitler : une lutte gigantesque, qui prend la forme d'une gigantomachie, oppose la race aryenne à la race sémitique depuis une longue éternité, les Indogermains ne faisant que se défendre contre un danger oriental. Il est cependant peu suivi dans les milieux académiques allemands et doit compter avec la réserve des milieux universitaires.

Ainsi, il développe une conception déterministe de l'Histoire selon deux principes : tout d'abord, l'existence d'une loi de l'Histoire, la lutte des races pour leur survie, qui serait intangible ; ensuite, cet affrontement racial met aux prises deux mêmes races, malgré les oripeaux extérieurs, pouvant connaître des modifications de forme.

Sa conception est développée dans son ouvrage le plus important, Le Mythe du XXe siècle, texte indigeste de plus de sept cents pages, et repose sur un fort pessimisme : la pureté raciale originelle et le génie qui en découle, est constamment menacée par les Juifs, ennemis millénaires et protéiformes des populations nordiques.

Ainsi, il emprunte à Herman Wirth le thème de l'origine nordique de la race aryenne, et va jusqu'à adhérer à l'hypothèse d'une race partie à la fois en direction de l'Amérique du Nord et de l'Europe, depuis une île au milieu de l'océan Atlantique, qu'il situe plus au Nord que l'Atlantide, dans l'archipel d'Heligoland ou dans la Thulé des Hyperboréens décrits par Pythéas.

À côté de la lutte des races, Rosenberg développe aussi l'idée de l'opposition des sexes constitue un puissant facteur explicatif de l'Histoire humaine; en effet, selon lui, la société étrusque est organisée sur des bases matriarcales, opposées en cela à la société nordiques, appuyée sur des bases patriarcales.

Parallèlement à cette discussion sur le mythe des origines de la race nordique, Rosenberg expose dans ses divers écrits sa propre conception de l'histoire grecque et romaine, l'analysant comme un processus de décadence-régénération. ainsi, il développe une conception de l'histoire antique très personnelle. À ses yeux, tout peuple qui a renoncé à une pureté raciale a été balayé par un peuple dans lesquels les éléments indogermaniques n'ont pas encore perdu l'essentiel de leur force.

Pour l'auteur du Mythe du Vingtième Siècle, Alexandre le Grand ne veut pas réaliser la monarchie universelle, mais souhaite réaliser la fusion de deux aristocraties, deux élites, la grecque et la perse, « racialement » parentes : aux yeux de Rosenberg, Alexandre jouit du supposé de la bonne foi raciale, en écartant de manière systématique les Sémites, les Babyloniens et les Syriens de la direction de l'empire qu'il édifie. Cependant, le bilan de son règne reste négatif car, selon Rosenberg, Alexandre n'a pas été en mesure de léguer un héritage durable, les races asiatiques qui avaient plié sous le joug indo-germanique perso-macédonien ayant rapidement repris le dessus.

Ainsi, c'est seulement après la défaite raciale et politique des Grecs que Rome participe de façon importante à la lutte des races, dans un premier temps en s'opposant à la sémitique Carthage : pour Rosenberg, cette série de guerres représente aussi un choc entre deux races antagonistes et son issue a sauvé l'Occident de l'essor dans ses contrées de la civilisation phénicienne et de ses « miasmes ». Ainsi, il donne au discours de Caton une signification raciale : il lui confère le sens d'un appel à la destruction de la race punique ; il regrette malgré tout que Rome n'ait pas poussé son avantage jusqu'au bout et entrepris une campagne dans l'est du bassin méditerranéen pour éradiquer de façon définitive les foyers de peuplement sémitiques.

De même il regrette que les guerres menées par Vespasien et Titus en Judée ne se soient pas soldées par l'extermination du peuple juif ; cependant, conscient que cette mesure n'était pas nécessaire du point de vue stratégique, il développe l'idée qu'elle est néanmoins nécessaire d'un point de vue racial car, à la suite de la diaspora, la figure du Juif fait alors son entrée dans la guerre des races, qu'il ne mène ouvertement qu'en de très rares occasions, notamment pendant la révolte juive : en effet, aux yeux de Rosenberg, le peuple juif mène la guerre raciale de façon insidieuse : l'ayant perdue du point de vue militaire et politique, il va la gagner, en s'appuyant sur le christianisme en général, et plus spécifiquement, sur la lecture de saint Paul.

Rosenberg développe aussi des idées sur les peuples antiques disparus; bizarrement, les Étrusques, des Orientaux, des Sémites selon lui suscitent son ire. En effet, présenté dans les années 1930 comme un contre-modèle, ce peuple installé en Italie centrale constitue selon l'auteur du Mythe du XXe siècle l'archétype des populations proche-orientales, que les Nordiques doivent combattre ; en effet, il présente la société étrusque comme une société matriarcale, contrôlée par des prêtres-magiciens, dépravée, tant chez les femmes, toujours à la recherche du plaisir sexuel, que chez les hommes volontiers accusés de pédérastie, d'homosexualité et d'onanisme.

Il partage avec Himmler un engouement pour le duc de Saxe Henri le Lion, opposant germanique à la politique méditerranéenne de Frédéric Barberousse

Vers une nouvelle religion ?

Dans son principal ouvrage, le Mythe du vingtième siècle, édité en 1930, Rosenberg se montre très fortement hostile au christianisme.

Comme Hitler, Rosenberg ne développe de rhétorique anti-chrétienne que parce que, à ses yeux, la religion mise en place à partir de saint Paul a contaminé le christianisme naissant et lui a donné une dimension de réaction contre la domination indo-germanique des Romains. Cependant, la publication de cet ouvrage suscite, de la part de Hitler, d'importantes réserves, essentiellement pour des raisons tactiques, celui-ci souhaitant mettre en place les conditions d'un rapprochement entre le NSDAP et les partis catholiques.

Ainsi, Rome s'est écroulée sous les coups d'un assaut venu du Sud et de l'Est ; de la sorte, Rosenberg reprend les thèses d'une abondante littérature antisémite, prônant l'idée d'une défense de la romanité, et de sa forme politique, l'Empire romain, rendue possible par l'apport des populations germaniques à partir du IIIe siècle, mais tenue en échec par les influences méridionales. De plus, les idées véhiculés par le christianisme, constituent, selon Rosenberg, la preuve que le peuple romain avait perdu sa vitalité raciale : pour ce dernier, la honte du péché, notamment celui de la chair, entraîne la honte vis-à-vis de la conscience raciale, qui a pour conséquence la perte de la confiance en soi et l'irrésolution dans l'action.

De plus, non contente de développer des thèses antichrétiennes, Rosenberg rend public ses réflexions sur les religions antiques. Ainsi, il expose son hostilité à la religion étrusque. En effet, il présente la religion étrusque comme une agglomération de rites destinés à satisfaire les Enfers : ces rites, organisés par des prêtres, qui seraient également magiciens, seraient émaillés de sacrifices humains, dont les Étrusques se seraient rendus spécialistes. De plus, basée sur des rites initiatiques, la religion étrusque se caractériserait, selon Rosenberg, par son caractère indécent et amoral.

Cette hostilité envers le christianisme l'incite à encourager, d'accord avec Himmler, un culte spécifiquement germanique : en effet, il souhaite la renaissance du culte d'Odin, afin de favoriser, pour les Allemands, le retour aux valeurs nordiques. Ainsi, il préconise la mise en place d'un culte spécifiquement national-socialiste : ces célébrations, encouragées auprès des membres du parti nazi, ces Lebenfeiern, sont mises en avant par Rosenberg comme un nouveau calendrier, destiné à se substituer au calendrier chrétien : le soin apporté à l'organisation de ces fêtes publiques et privées témoigne de la politisation de la vie privée, mais l'agencement bureaucratique de Rosenberg, pour tenter d'encadrer certains excès, fait craindre à ce dernier, ainsi qu'à Himmler, autre ordonnateur du culte néo-païen national-socialiste, la mise en place d'un nouveau clergé; pour éviter cet écueil, il préconise de donner à ces célébrations un caractère privé. La mise en place de nouveau culte à visée très clairement politique rencontre peu de succès, en dehors des cercles nationaux-socialistes. Cette tentative ne rencontre pas le succès escompté chez les principaux dirigeants du Reich qui souhaitent ne pas heurter de front les églises établies ou qui voient leur attention absorbée par la guerre, mais inspire fortement Himmler dans ses efforts pour mettre en place une religiosité spécifique dans la SS.

À partir du début de l'année 1934, ses positions antichrétiennes lui valent l'hostilité du Vatican, son ouvrage étant mis à l'Index.

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