Edda poétique (Epique)

 

Edda 1

Frontispice d'un manuscrit médiéval des Eddas

 

Les Eddas sont deux manuscrits du XIIIe siècle fort différents qui constituent des compilations poétiques.

Le premier, est un manuel d’initiation à la mythologie nordique destiné aux jeunes poètes. Son auteur, Snorri Sturluson, un scalde islandais, était un grand seigneur qui s'est impliqué dans les luttes politiques de l'Islande et est mort assassiné. Il a aussi écrit une histoire des rois de Norvège. L'Edda de Snorri comprend la Gylfaginning (« la mystification de Gylfi ») qui rapporte les grands thèmes de la cosmogonie nordique, un traité d’art scaldique et un traité de métrique norroise.

Le second, le Codex Regius contient les grands poèmes sacrés et héroïques qui forment l'Edda poétique. Avant d'être rédigés, ces poèmes ont été transmis oralement pendant des siècles.

La poésie scaldique est avant tout affaire de forme, elle refuse le mot propre en lui substituant une périphrase ou métaphore et elle laisse toute liberté à l'agencement des mots, au mépris de la syntaxe. Elle permet ainsi des combinaisons infinies pour respecter les règles de la versification.

Bien avant l'époque viking qui s'étend de la fin du VIIIe siècle à 1150, la plupart des traits de la mythologie nordique sont en place. Les peuplades de chasseurs et de pêcheurs guerriers de Scandinavie subissent vers 4000 av. J.-C. les effets de l'invasion indo-européenne, cette civilisation conquérante impose progressivement sa vision du monde, sociale, politique et religieuse. Certains mythes relèvent d’une justification naturaliste. D'autres comme le combat entre Thor et le géant Hrungnir sont la transposition de rites d’initiation.

Même si, pris dans toute sa rigueur, le schéma trifonctionnel de Georges Dumézil s'applique mal au panthéon scandinave ancien, les dieux d'Asgarðr participent bien :

- de la fonction juridico-magico-sacerdotale (Odinn),

- de la martiale (Thor, Tyr, Odinn)

- et de la fertilité-fécondité (Vanes).

L'interprétation évhémériste consiste à voir dans les dieux des hommes divinisés : cette explication a été retenue par Snorri dans l'Ynglinga Saga où il fait d'Odinnun roi asiatique exilé, magicien et conquérant. La tradition héroïque rapportée par les poètes scandinaves remonte à des origines non nordiques. Le cycle de Sigurdr, meurtrier de Fàfnir traite de rois ou de héros qui ont réellement existé du IV e  siècle à la fin de l’ère viking. Ainsi Sigurðr rappelle le roi mérovingien Sigebert de Reims, fils de Clotaire, qui épouse avec faste la fille du roi wisigoth d'Espagne, Brunehilde, et est tué sur ordre de Frédégonde, épouse de son frère Chilpéric Ier en 575. Ces poèmes illustrent un milieu nettement aristocratique et n'insistent pas sur la nationalité : il s'agit de personnages puissants ayant une mentalité clanique. Le fond est toujours tragique, le thème unique est la lutte de l'homme contre le Destin dont l'issue ne peut être que la mort.

Snorri présente la cosmogonie nordique ancienne : à l'origine, il y avait le Ginnungagap, gouffre insondable de glace et de feu dont la fusion donne le premier être, le géant Ymir. Celui-ci est tué par sa descendance et le sang qui coule de ses blessures submerge la race qu'il a engendrée à l'exception d'un couple. La terre est faite de sa chair, les mers de sang, les montagnes de ses os, le ciel de son crâne, la forteresse Midgarðr de ses cils et les nuages de sa cervelle. L'idée de faire dériver la terre et le ciel des parties du corps d’un géant primitif et de faire naître la race humaine du bois appartient au patrimoine indo-européen. La grand frêne Yggdrasil est l'axe et le support des mondes, il plonge ses racines dans les domaines des dieux, des Géants et des hommes et descend jusqu’aux enfers. Il est l'arbre de la science (puisque le géant Mimir y habite), et l'arbre de la destinée car c'est la demeure des Nornes, les Parques du Nord. Il est le principe directeur et unifiant de tous les mythes nordiques.

 

Races Humaines

- Les Nains vivent sous terre, loin du soleil, ils sont à l'origine vraisemblablement les morts auxquels les anciens Scandinaves vouaient un culte.

- Les Géants remontent au chaos premier. Doués d'une force colossale et dépositaires de la science antique, ils figurent certainement cette crainte nordique de voir sombrer les forces de vie.

- Les Alfes ont des relations directes avec Freyr et doivent donc être liés au culte de la fertilité-fécondité. Ils patronnent Noël, la plus grande fête païenne de l'année et sont sans doute les esprits tutélaires des contrées, habitant les bois, les sources, les pierres etc., version scandinave du genius loci latin.

- Les Vanes sont proches des pratiques chamaniques, du sejdr (voir ci-après Freyja) et de la magie. Ce sont des dieux anormaux dont le culte, souvent assuré par des femmes, est lié aux orgies, à la prostitution sacrée, aux extases.

- Les Ases et les Vanes se sont affrontés dans une bataille capitale dont l’enjeu est la sorcière Gullveig dont le nom signifie « Ivresse d'or ».

 

Odin

Odin, illustration pour une édition suédoise des Eddas, Fredrik Sander, 1893

Le Panthéon Nordique :

- Odinn (ou Wotan) est le dieu suprême, il affectionne le sang des rois en sacrifice, sait tout et dirige les élus qui meurent pour lui au combat. Il est le dieu de la victoire, sans le moindre scrupule sur les moyens de l’obtenir.

- Les Vikings lui préfèrent Thorr avec son fabuleux appétit et sa façon particulière de terminer victorieusement les trop subtiles querelles par un bon coup de marteau. Ses attributs sont un char tiré par deux boucs, son marteau Mjölnir qui symbolise la foudre et une ceinture qui accroît sa force d’Ase. Sa fréquence dans les noms de personnes et de lieux dit son immense popularité. Thorr déborde largement le cadre des fonctions guerrières et justicières, il est aussi dieu de la fécondité, protecteur des cheptels et des récoltes, Mjölnir servant autant à consacrer et à protéger des forces du mal qu’à détruire. Le Chant de Thrymir, l'un des joyaux de l'Edda, chef-d’œuvre de l'art scaldique, est d'ailleurs consacré à ce marteau divin.

- Freyr, fils de Njördr de Noatun et frère de Freyja, est surtout vénéré en Suède. Dieu par excellence de la fertilité, ses animaux préférés sont le porc et l'étalon.

- Tyr est le dieu guerrier juriste ; son exploit, qui a permis aux Ases d’enchaîner le loup Fenrir, en a fait le type même du héros : c'est en quelque sorte l'analogue d'Hercule dans la mythologie grecque.

Le panthéon nordique n'a que deux déesses d’une envergure comparable à celle des principaux Ases. Ce sont Frigg, femme d’Odinn et Freyja, sœur de Freyr.

- Frigg correspond à Héra pour les Grecs, épouse de Wotan et déesse protectrice du mariage.

- Le culte de Freyja est essentiellement érotique, elle évoque certaines divinités orientales comme Cybèle. Elle est censée avoir enseigné la science magique du sejdr à Odinn. Son image lascive et voluptueuse est un des plus sûrs liens qui rattachent le Nord au monde indo-européen.

- Heimdallr est l'Ase blanc, fils de neuf vierges qui étaient sœurs. Veilleur des dieux, il garde le pont de Bifrost (Arc en ciel) et ébranle les mondes du son de sa trompe à l'annonce du Ragnarök (fin du monde).

- Loki rassemble en sa personne toutes les conceptions que l'on peut se faire du mal. Il est directement responsable, non seulement des mésaventures des dieux, mais aussi de la fin du monde. Il serait lié à Odinn par une fraternité sacré et présente en effet une identité de nature avec lui (ruse, immoralité). Il serait son double symbolique, fauteur de désordre lorsque Odinn est garant de l'ordre. Le grand poème où il joue le premier rôle est la Lokasenna (les Sarcasmes de Loki) où sa nature luciférienne éclate. Certains ont cru voir dans ce poème une influence chrétienne mais il ne faut pas douter de l'archaïsme de cette étrange divinité. Loki s'invite au banquet des Ases et insulte les dieux : il ironise sur la prétendue couardise de Bragi (dieu de la poésie, art de nature magique sans doute à l’origine apanage des femmes), sur les multiples partenaires de Freyja, sur les mésaventures de Tyr, puis il se moque de Njördr, Freyr, Heimdallr…, avant que Thorr n’intervienne pour le réduire au silence. Loki est enchaîné à un rocher et un serpent accroché au-dessus de son visage lui crache son venin.

- Dans le monde corrompu et déshonoré qui s’apprête à connaître la « Consommation du destin des Puissances », le principe de la bonté n’est plus viable or il s’incarne dans Baldr, être de lumière et de perfection.

 

La Völuspa :

Composée vers l'an 1000, la Völuspá (Prédiction de la Prophétesse) est l'un des plus beaux poèmes sacrés qui soient. Son auteur est un païen chérissant l'esprit qui anime les dieux et les mythes. Alors que le triomphe du christianisme devient évident, il offre au monde cette vision dantesque qui rejoint l'indéracinable espérance indo-européenne d'une béatitude éternelle. La Völuspá peint tout le cycle de l'histoire universelle : les dieux organisent le monde et le hiérarchisent, les Nornes fixent la destinée des mortels, les Ases et les Vanes se battent puis s'unissent, Baldr est tué et Fenrir se libère ce qui déclenche l'apocalypse du Ragnarök. De nombreux Ases meurent mais leur victoire permet la renaissance du monde. Toute l'histoire des dieux et des hommes est immergée dans une durée inexorable dont la marche est connue et inflexible. Le temps dans lequel évoluent les poèmes de l'Edda est un présent d’après la fin des temps où l’on se rappelle, ou bien un passé d’avant l’origine des temps que l'on craint.

Les textes par lesquels nous connaissons la religion du Nord baignent littéralement dans la magie. À tout moment s'impose la nécessité de supposer tout un arrière-plan de paroles et de pratiques magiques, de conceptions relevant de la sorcellerie. La Gylfaginning, au titre éloquent, est tout entière la relation d’une aventure magique. Les aventures de Thorr ne sont qu’une transposition de tant de pratiques magiques disséminées aussi dans les sagas. Par exemple, il tue ses boucs, mange leur chair puis les ressuscite en consacrant leurs dépouilles avec son marteau. C'est peut-être le substrat autochtone scandinave qui est responsable de la forte coloration magique de la religion nordique, coloration que ne possède pas à ce point le monde indo-européen. Le chamanisme est l'ensemble des pratiques et croyances conservées jusqu'à une époque récente dans l'Europe du Nord-Est, l'Asie et l'Amérique. Il repose avant tout sur la croyance en l'autre monde où vont les morts et sur les possibilités laissées aux vivants de communiquer par magie avec lui. Le chaman entre en transe et est alors capable de voyager en esprit au pays des morts, de rendre visite aux dieux pour obtenir la connaissance des choses cachées, de sauver une âme chassée de son corps par la maladie ou la folie, de dire l’avenir… Pour acquérir ces prérogatives, le chaman a dû subir une séance d’initiation douloureuse qui seule le dotera de la force et de la science. Le trait essentiel de cette cérémonie consiste à feindre la mort du candidat et à simuler sa résurrection. Peu avant sa mort, Baldr fait d’affreux rêves prémonitoires. Odinn, le dieu-chaman, décide d’aller consulter au royaume des morts une voyante qui lui révèlera le sort de son fils. Une autre opération magique dépeinte dans un poème consacré à Freyja, mère de la science noire, consiste à transformer un protégé en animal pour lui éviter des malheurs. Les runes sont inséparables de toute opération à caractère magique. Il faut les graver avec un instrument pointu, les teindre du sang des victimes, les interpréter et les exploiter en trouvant les formules d'« envoi » et de prière. Les runes ont de nombreuses vertus : guérir les maladies, défaire les ennemis, arrêter la flèche au vol, combattre les maléfices magiques, calmer la mer en tempête, ressusciter les morts. Elles remonteraient au mythe archaïque de la tête qui parle (Mimir). Pour acquérir la science des runes, Odinn s'est pendu à l’arbre de la connaissance des chamans, la souffrance qu'il a endurée est indissociable de l'initiation.

Quel retentissement a pu avoir cet ensemble complexe et hautement élaboré de mythes et de symboles sur les hommes de l'époque ? Tant pour décrypter les kenningar (périphrases métaphoriques) que pour percer les mystères des runes, il fallait science et patience. Les poèmes eddiques, relevant d'un art évolué, n'étaient-ils intelligibles qu'à une élite ? C'est sans doute faux tant les mythes nordiques correspondent intimement aux goûts des hommes de ce temps. Même la christianisation de la Scandinavie ne parviendra pas à faire mourir l'esprit de l'Edda.

Catégories

  • Atlakviða

     

    L’Atlakvida (Atlakviða en vieux norrois) ou Chant d'Atli est un poème héroïque de l'Edda poétique. Il est composé d'une introduction et d'une conclusion en prose et de quarante-six strophes.

    Gunnar et Högni sont invités à rendre visite à Atli (Attila). De grandes richesses leur sont promises s'ils acceptent. Mais Gunnar fait valoir qu'ils possèdent déjà davantage de richesses que ce qu'Atli peut leur offrir. De plus, Gudrún leur a fait parvenir un anneau autour duquel est enroulé un poil de loup pour les avertir d'un danger. Leur entourage leur déconseille donc d'accepter l'invitation, mais Gunnar refuse de se dérober.

    Lorsqu'ils arrivent chez Atli, Gudrún prévient ses frères qu'ils sont tombés dans un piège. Ils sont faits prisonniers, non sans que Högni ait tué huit de leurs ennemis.

    Atli demande à Gunnar s'il est disposé à racheter sa vie. Gunnar demande auparavant à voir le cœur de Högni. On lui apporte le cœur d'un serviteur d'Atli, mais Gunnar ne reconnaît pas cet organe frémissant comme celui de son frère. Alors, le cœur de Högni lui est arraché vif et présenté à Gunnar. Celui-ci, désormais assuré qu'il est le seul à connaître l'emplacement du trésor des Niflungar, refuse de révéler en quel endroit du Rhin il repose. Gudrún maudit Atli tandis que Gunnar est conduit dans une fosse à serpents où il meurt en jouant de la harpe.

    Lorsqu'Atli rentre à sa halle, Gudrún lui sert à manger et à boire. Elle annonce ensuite à son mari que la nourriture qu'il vient d'avaler était en réalité les cœurs de leurs fils Erp et Eitil. Puis, profitant de son ivresse, elle le tue avant de mettre le feu à la halle, provoquant ainsi la mort de tous ses habitants.

  • Atlamál

     

    L’Atlamál in grœnlenzku (« Lai groenlandais d'Atli ») est un poème héroïque de l'Edda poétique. Il relate la même histoire que l’Atlakviða, de manière plus détaillée

    Le roi Atli (Attila) invite à un banquet ses beaux-frères Gunnarr et Högni. Malgré les prémonitions de leurs épouses respectives Glaumvör et Kostbera, qui ont eu des rêves inquiétants, les deux frères se mettent en route avec une petite escorte. Arrivés chez Atli, ils sont attaqués traîtreusement ; leur sœur Guðrún, l'épouse d'Atli, se bat à leurs côtés, mais ils sont vaincus et exécutés. Par vengeance, Guðrún tue les deux fils qu'elle a eu d'Atli et lui fait boire dans leurs crânes et manger leurs cœurs. Atli est ensuite tué par Guðrún avec l'aide de Hniflungr, le fils de Högni. Elle tente de se suicider, sans succès.

  • Brot af Sigurðarkviðu

     

    Le Brot af Sigurdarkvidu (Brot af Sigurðarkviðu en vieux norrois) ou Fragment du chant de Sigurd est un poème héroïque de l'Edda poétique. Il figure dans le Codex Regius à la suite du Sigrdrífumál.

    Le début du poème a été perdu, mais il est possible de reconstituer que Gunnar demande à ses frère Högni et Guthorm de tuer Sigurd.

    Högni demande à Gunnar pour quelle raison il veut la mort de Sigurd. Gunnar lui répond que Sigurd lui a fait de faux serments. Gunnar et Högni font manger à Guthorm du serpent et du loup pour l'exciter au combat.

    Sigurd est tué. Un corbeau prédit alors aux trois frères que leur acte les mènera à la mort.

    Ne voyant pas Sigurd revenir, Gudrún s'en inquiète et Högni lui apprend alors le meurtre. Brynhild s'en réjouit et rit mais Gudrún maudit Gunnar. Une fois couché, celui-ci ne peut trouver le sommeil, repensant à la prédiction du corbeau.

    Le lendemain, Brynhild se réveille en pleurs. Elle a rêvé de mort et prédit la ruine des Niflungar. Elle reproche à Gunnar d'avoir trahi son frère de sang, alors que Sigurd avait été fidèle à ses serments : elle révèle en effet qu'une épée les séparait lors de leurs nuits ensembles.

  • Fáfnismál

     

    Le Fáfnismál ou Dit de Fáfnir est un poème héroïque de l'Edda poétique. Il évoque la mise à mort par Sigurd de Fáfnir puis de Regin.

    Avec le Reginsmál et le Sigrdrífumál, il fait partie des poèmes consacrés à la jeunesse de Sigurd (Jung-Sigurd-Lieder). Dans le Codex Regius, ces trois poèmes n'en forment qu'un seul, intitulé Sigurðarkviða Fáfnisbana önnur (« Deuxième chant de Sigurd Fáfnisbani »). Ils sont probablement le résultat de l'amalgame de plusieurs poèmes plus anciens.

    Le Fáfnismál est composé de quarante-quatre strophes en ljóðaháttr, encadrées et entrecoupées par des passages en prose.

    Sigurd et Regin se rendent à Gnitaheidr, où Fáfnir, ayant pris la forme d'un dragon, veille sur son or. Sigurd creuse une fosse, s'y dissimule, et transperce Fáfnir de son épée lorsqu'il passe au-dessus de lui.

    Un dialogue s'engage alors. Il est d'abord question des origines de Sigurd, puis Fáfnir annonce que l'or conduira le héros à la mort. Sigurd pose ensuite au dragon des questions mythologiques, l'interrogeant sur les Nornes et sur le lieu où se déroulera l'ultime combat entre les dieux et Surt. Avant de mourir, Fáfnir conseille à Sigurd de partir, lui répètant que l'or provoquera sa mort. Il le prévient enfin que Regin veut le trahir.

    Une fois Fáfnir mort, Regin, qui s'était éloigné pendant le combat, revient auprès de Sigurd et, après avoir arraché le cœur de son frère, demande au héros de le cuire. Touchant le cœur pour savoir s'il est cuit, Sigurd se brûle et porte son doigt à sa bouche. Dès lors, il peut comprendre le langage des oiseaux. Les mésanges lui apprennent que Regin a l'intention de le tuer. Sigurdr lui tranche la tête pendant son sommeil, mange le cœur de Fáfnir et boit le sang des deux géants.

    Les oiseaux prédisent ensuite que Sigurd demandera en mariage la belle et riche fille du roi Gjúki (c'est-à-dire Gudrún). Puis, ils évoquent une valkyrie qu'Odin a plongée dans le sommeil car elle a fait mourir un guerrier qui n'était pas celui dont il avait décidé la mort. Elle dort dans une salle entourée de flammes, au sommet d'une montagne.

    Remontant la piste du dragon, Sigurdr se rend dans l'antre de Fafnir, où il s'empare de son trésor et de nombreux autres objets précieux.

    Sigurd

    Pierre runique de Ramsund (Södermanland), XIe siècle :


    1. Sigurdr se brûle en cuisant le cœur de Fáfnir. Il lèche son doigt, goûtant ainsi le sang du dragon.
    2. Les oiseaux révèlent à Sigurdr les mauvaises intentions de Reginn.
    3. Reginn mort, la tête tranchée par Sigurdr.
    4. Grani, le cheval de Sigurdr, attaché à un arbre.
    5. Sigurdr tuant Fáfnir avec son épée Gramr.
    6. La loutre Ótr, à l'origine de la malédiction.

     

  • Grípisspá

     

    La Grípisspá ou Prédiction de Grípir est un poème héroïque de l'Edda poétique. De composition sans doute tardive, il est le premier texte du Codex Regius à mettre en scène Sigurd.

    Sigurd se rend au château de son oncle, le roi Grípir, qui lui dévoile son destin : un avenir fait de gloire et de richesse. Il lui annonce qu'il abattra les fils de Hunding, vengeant ainsi son père Sigmund. Il tuera aussi Regin et Fáfnir et s'emparera du trésor de ce dernier. Il lui raconte ensuite comment il sortira Sigrdrífa de son sommeil, et les savoirs qu'elle lui enseignera.

    Il refuse alors d'en dire davantage mais, pressé par Sigurd, il lui révèle encore qu'il tombera amoureux de Brynhild et que tous deux s'engageront par serment.Grâce à la ruse, la reine Grímhild parviendra toutefois à lui faire épouser sa fille Gudrún. Elle obtiendra même de Sigurd qu'il aille demander la main de Brynhild pour le compte de son fils Gunnar, dont il aura pris l'apparence. Il passera alors trois nuits avec Brynhild, sans la toucher. Les noces de Gunnar et de Brynhild seront célébrées, mais Brynhild apprendra la supercherie et voudra se venger de Sigurd. Elle obtiendra de Gunnar et de ses frères qu'ils le tuent. « On ne peut vaincre le sort », conclut Sigurd avant de repartir.

  • Guðrúnarkviða II

     

    Guðrúnarkviða II, le second lai de Gudrún, ou Guðrúnarkviða hin forna, le vieux lai de Gudrún est probablement le plus ancien poème rattaché au cycle de Sigurd, selon Henry Adams Bellows.

    Ce poème fut composé avant l'an 1000 et Bellows le considère comme de « forme plutôt mauvaise », mais c'est sous cette forme qu'il a fourni des informations cruciales sur la Völsunga saga, où il a été fidèlement paraphrasé. Il affirme, toutefois, qu'il s'agit du seul poème en vieux norrois antérieur à l'année 1000 évoquant Sigurd et qui soit parvenu à l'époque moderne sous une forme à peu près complète. Les autres poèmes anciens, Reginsmál, Fáfnismál et Sigrdrífumál sont des collections de fragments et seule la dernière partie de Sigurðarkviðu subsiste. Les poèmes qui restent dans le cycle sont généralement datés des XIe et XIIe siècle.

    Bellows suppose que le poème résulte d'une complainte originaire d'Allemagne, car la mort de Sigurd se déroule dans la forêt, comme dans le Nibelungenlied, et non pas dans son lit.

    Le roi Þjóðrekr était à la cour du roi Atli, et venait juste de perdre la plupart de ses guerriers dans une bataille. Þjóðrekr et la femme d'Atli, Guðrún attendent ensemble et discutent de leurs peines respectives. Guðrún dit alors à Þjóðrekr qu'elle n'était qu'une jeune vierge quand son père Gjúki la donna à Sigurðr avec unedot en or. Ensuite, ses frères assassinent Sigurðr.

     

    4. Grani rann at þingi,

    - gnýr var at heyra, -

    en þá Sigurðr

    sjalfr eigi kom;

    öll váru söðuldýr

    sveita stokkin

    ok of vanið vási

    und vegöndum.

     

    4. From the Thing ran Grani

    with thundering feet,

    But thence did Sigurth

    himself come never;

    Covered with sweat

    was the saddle-bearer,

    Wont the warrior's

    weight to bear.

     

    Guðrún prend la bride du cheval et se met à pleurer, comprenant ce qui vient de se passer.

     

    5. Gekk ek grátandi

    við Grana ræða,

    úrughlýra

    jó frá ek spjalla;

    hnipnaði Grani þá,

    drap í gras höfði,

    jór þat vissi,

    eigendr né lifðu-t.

     

    5. Weeping I sought

    with Grani to speak,

    With tear-wet cheeks

    for the tale I asked;

    The head of Grani

    was bowed to the grass,

    The steed knew well

    his master was slain.

     

    Quand elle rencontre ses frères, Gunnar baisse la tête mais Høgni lui dit que Sigurd a été tué, et qu'il a pris leur frère Guthormr avec lui. Il lui dit en outre qu'elle pourra trouver les restes de Sigurd sur la route au sud, où elle avait entendu le cri des corbeaux et les loups hurler. Guðrún va dans la forêt à la recherche de ce qui a été laissé par les loups et trouve Sigurd.

    Quand elle trouve Sigurd, Gudrun ne pleure pas, ni ne gémit ou se tord les mains même si elle est si triste qu'elle ne veut plus vivre. Elle quitte les montagnes et voyage pendant cinq jours, jusqu'à ce qu'elle voie le palais de Hâlfur, au Danemark, où elle séjourne pendant trois ans et demi avec Thora, la fille de Hakon.

    Thora et Gudrun s'occupent en tissant des tapisseries dans les salles du sud :

     

    16. Skip Sigmundar

    skriðu frá landi,

    gylltar grímur,

    grafnir stafnar;

    byrðu vit á borða,

    þat er þeir börðusk

    Sigarr ok Siggeirr

    suðr á Fjóni.

     

    16. Sigmund's ship

    by the land was sailing,

    Golden the figure-head,

    gay the beaks;

    On board we wove

    the warriors faring,

    Sigar and Siggeir,

    south to Fjon.

     

    Sa mère Grimhild demande à ses fils Gunnarr et Högni quel genre de wergild ils voudraient donner à leur sœur pour compenser le meurtre de son mari et de son fils Sigmund, et ils sont tous deux prêts à compenser leur sœur. Guðrún rencontre sa mère, ses frères et Valdar, le roi du Danemark, ainsi que trois hommes nommés Jarizleif, Eymoth et Jarizskar.

     

    Færði mér Grímhildr

    full at drekka

    svalt ok sárligt,

    né ek sakar munðak;

    þat var of aukit

    jarðar magni,

    svalköldum sæ

    ok sónum dreyra.

    -

    Váru í horni

    hvers kyns stafir

    ristnir ok roðnir,

    - ráða ek né máttak, -

    lyngfiskr langr,

    lands Haddingja

    ax óskorit,

    innleið dyra.

     

    22. A draught did Grimhild

    give me to drink,

    Bitter and cold;

    I forgot my cares;

    For mingled therein

    was magic earth,

    Ice-cold sea,

    and the blood of swine.

    -

    23. In the cup were runes

    of every kind,

    Written and reddened,

    I could not read them;

    A heather-fish

    from the Haddings' land,

    An ear uncut,

    and the entrails of beasts.

     

    Le poème raconte que Guðrún oublie et les trois rois s'agenouillent devant elle et que Grimhildur se met à parler. Sa mère lui dit qu'elle a donné l'ensemble de ses richesses à son père, et qu'elle aurait également les richesses de Buðli parce qu'elle allait devenir l'épouse d'Atli.

     

    "Húnskar meyjar,

    þær er hlaða spjöldum

    ok gera gull fagrt,

    svá at þér gaman þykki;

    ein skaltu ráða

    auði Buðla,

    gulli göfguð

    ok gefin Atla."

     

    27. "Hunnish women,

    skilled in weaving,

    Who gold make fair

    to give thee joy,

    And the wealth of Buthli

    thine shall be,

    Gold-decked one,

    as Atli's wife."

     

    Guðrún répond qu'elle ne veut pas se marier avec Atli, mais sa mère rétorque qu'avec Atli, elle serait aussi heureuse que si Sigurd et son fils Sigmund étaient encore en vie. En outre, si elle n'épouse pas Atli, elle vivra sans mari pour le restant de sa vie. Guðrún répond que sa propre mère ne devrait pas être si pressée de la donner aux Huns, et elle prédit qu'Atli tuera Gunnar et arrachera le cœur de Høgni. Grimhildur se met à pleurer quand elle entend la prophétie et dit à Guðrún qu'elle est obligé de la donner à Atli.

    Guðrún poursuit sa complainte en disant qu'elle a épousé Atli pour l'amour de ses proches. Elle n'a jamais été heureuse avec lui et qu'elle a perdu son fils lorsque ses frères sont morts. Elle tuera Atli.

    Elle se rend chez Atli après une semaine de voyage à travers des terres gelées, puis une semaine sur l'eau et enfin une semaine à travers des terres qui manquent d'eau. Ils arrivent devant de hauts murs et les gardiens ouvrent les portes.

    Bellows commente qu'il semble y avoir une lacune importante qui suit son arrivée chez Atli. Il ajoute que la fin de la complainte semble avoir été remplacée par un autre poème, car il traite de la manière dont Atli dit à Guðrún qu'il avait eu le pressentiment d'être tué par elle en rêve. La description du rêve commence par cette strophe :

     

    "Svá mik nýliga

    nornir vekja", -

    vílsinnis spá

    vildi, at ek réða, -

    "hugða ek þik, Guðrún

    Gjúka dóttir,

    læblöndnum hjör

    leggja mik í gögnum."

     

    39. "Now from sleep

    the Norns have waked me

    With visions of terror,--

    To thee will I tell them;

    Methought thou, Guthrun,

    Gjuki's daughter,

    With poisoned blade

    didst pierce my body."

     

    Sans comprendre le sens du rêve, Atli décrit son futur banquet sur ses propres fils, servis à lui par leur propre mère Guðrún, pour se venger du meurtre d'Atli sur ses frères.

     

    Hugða ek mér af hendi

    hauka fljúga

    bráðalausa

    bölranna til;

    hjörtu hugða ek þeira

    við hunang tuggin,

    sorgmóðs sefa,

    sollin blóði.

    -

    Hugða ek mér af hendi

    hvelpa losna,

    glaums andvana,

    gylli báðir;

    hold hugða ek þeira

    at hræum orðit,

    nauðigr nái

    nýta ek skyldak."

     

    42. "I dreamed my hawks

    from my hand had flown,

    Eager for food,

    to an evil house;

    I dreamed their hearts

    with honey I ate,

    Soaked in blood,

    and heavy my sorrow.

    -

    43. "Hounds I dreamed

    from my hand I loosed,

    Loud in hunger

    and pain they howled;

    Their flesh methought

    was eagles' food,

    And their bodies now

    I needs must eat."

     

    Le poème se termine par quelques lignes cryptées où Guðrún dit que les gens vont parler d'un sacrifice.

  • Gudrúnarkvida III

     

    Le Gudrúnarkvida III (Guðrúnarkviða III en vieux norrois) ou Troisième chant de Gudrún est un poème héroïque de l'Edda poétique. Il est composé d'une introduction en prose et de onze strophes.

    Une servante (et ancienne maîtresse) d'Atli accuse Gudrún de tromper son mari avec Thjódrek.

    Voyant l'humeur sombre de son mari, Gudrún l'interroge. Atli lui rapporte les propos de la servante. Gudrún affirme son innocence, soutenant qu'elle et Thjódrek se confiaient seulement leur chagrin. Elle demande à subir une ordalie. D'un chaudron rempli d'un liquide en ébullition, elle parvient à retirer une pierre sans se blesser. Soumise à la même épreuve, la servante qui l'accusait se brûle et est noyée dans un marécage.

  • Guðrúnarhvöt

     

    Le Gudrúnarhvöt ou Exhortation de Gudrún est un poème héroïque de l'Edda poétique. Il est composé d'une introduction en prose et de vingt-et-une strophes en fornyrdislag.

    Après avoir tué Atli, Gudrún prit la mer. Elle voulait se noyer mais ne le put. Finalement, elle dériva jusqu'au pays du roi Jónakr, qui l'épousa. Ils eurent trois fils :Sörli, Erp et Hamdir. Était élevée avec eux Svanhild, la fille que Gudrún avait eu de Sigurd. Svanhild fut donnée en mariage au roi Jörmunrekk. Mais un conseiller, Bikki, avait suggéré à Randvér, fils de Jörmunrekk, de l'épouser. Il le révéla au roi, qui fit pendre son fils et piétiner Svanhild par des chevaux.

    Apprenant cela, Gudrún exhorte ses fils Hamdir et Sörli à venger la mort de leur sœur, faisant valoir que c'est ce qu'ils feraient s'ils avaient le courage de Gunnar et de Högni. Hamdir lui rappelle qu'ils ont provoqué la mort de Sigurd, et qu'elle a tué deux de ses enfants pour venger la mort de ses frères. Il accepte pourtant de partir au combat. En riant, Gudrún prépare l'équipement de ses fils. Au moment de partir, Hamdir prédit qu'ils ne reviendront pas.

    Restée seule, Gudrún pleure en racontant ses malheurs : la mort de Sigurd, tué par ses frères, son mariage avec Atli. Elle rappelle aussi le meurtre des enfants qu'elle eut d'Atli et comment, en mer, elle ne put trouver la mort. Elle se désole ensuite de la mort de Svanhild. Elle évoque de nouveau la mort de Sigurd ; celle de Gunnar dans la fosse aux serpents ; le cœur de Högni arraché vif de sa poitrine. Enfin, elle s'adresse à Sigurd, et demande que son bûcher soit construit.

  • Helgakviða Hundingsbana I

     

    Le Helgakviða Hundingsbana I (Premier chant de Helgi, meurtrier de Hundingr) est un poème rattaché au recueil de textes de mythologie nordique Edda Poétique, trouvé notamment dans le Codex Regius. Il est composé de 56 strophes. Il s'agit d'un des poèmes du cycle de Helgi, qui comprend aussi Helgakviða Hundingsbana II et Helgakviða Hjörvarðssonar mais ces poèmes ne se relient pas bien ensemble si ce n'est qu'on retrouve dans chacun un personnage nommé Helgi Hundingsbane et des thèmes similaires.

  • Helgakviða Hundingsbana II

     

    Le Helgakviða Hundingsbana II (Second chant de Helgi, meurtrier de Hundingr) est un poème rattaché au recueil de textes de mythologie nordique Edda Poétique, trouvé notamment dans le Codex Regius. Il est composé de 51 strophes et plusieurs passages en prose qui servent de narration. Il s'agit d'un des poèmes héroïque du cycle de Helgi, qui comprend aussi Helgakviða Hundingsbana I et Helgakviða Hjörvarðssonar mais ces poèmes ne se relient pas bien ensemble si ce n'est qu'on retrouve dans chacun un personnage nommé Helgi Hundingsbane et des thèmes similaires.

    Le poème eddique est préservé dans le Codex Regius du XIIIe siècle et daterait du IXe siècle ou XXe siècle. Il semble antérieur au Helgakviða Hundingsbana I, du fait notamment de la présence de Sigrún en valkyrie.

    Dans le Codex Regius, la joute verbale (19-24), reprise du Helgakviða Hundingsbana I, est placée après la bataille opposant Helgi aux fils de Granmarr et parents de Sigrún (25-29), probablement s'agit-il d'un oubli.

    L'étude du style, et notamment le nombre de kennningar beaucoup plus important dans les strophes traitant de l'amour entre Helgi et Sigrún, suggère que celles-ci proviennent probablement d'un poème distinct.

    Intro : le chant fait de Helgi le fils de Sigmundr et de Borghildr de Brálundr. Élevé par Hagall, il est nommé d’après celui de Helgi Hjörvardsonnar. Alors que les Völsungar et Hundigar se font régulièrement la guerre. Helgi entreprend d’aller espionner la demeure de Hundigr, gardée par son fils Hemingr. Il rencontre un berger en chemin.

    1. Il prétend auprès de celui-ci, et à l’attention de Hemingr, qu’Helgi s’est trouvé dans sa demeure sous les traits de Hamall, fils de Hagall.

    Hemingr envoie en conséquence des hommes chercher Helgi chez Hagall.

    2-4. Afin de se cacher, Helgi prend les traits d’une servante et moud l’orge. Mais bientôt, Blindr (Aveuglant) remarque chez celle-ci une force peu commune. Hagall prétend donc qu’il s’agit de la sœur de Sigarr et de Högni, raison pour laquelle elle a le regard féroce des Ylfingar.

    Helgi s’enfuit et vient tuer Hundigr avec sa flotte. Après avoir pillé des terres, il mouille à Brunavágr, où règne Högni. Sa fille Sigrún est valkyrie et réincarnation de Sváva.

    5-13. Sigrún interroge Helgi sur les raisons de sa venue, et la direction de son voyage. Il répond avoir combattu et tué, mais Sigrún devine déjà qu’il s’agit d’Helgi, meurtrier de Hundigr, bien que celui-ci ait tenté de garder secrète son identité.

    Sigrún est promise à Höddbroddr, le fils du puissant roi de Svarinshaugr. Quand elle l’apprend, elle part à la recherche de Helgi. Celui-ci se repose après avoir combattu et tué plusieurs fils de Hundigr lorsqu’elle le retrouve.

    14-18. Elle lui confie son amour, mais également sa crainte de voir sa famille et Höddbroddr la pourchasser. Helgi l’accepte et lui offre sa protection.

    Helgi rassemble en conséquence une grande flotte afin de combattre le roi Granmarr. Traversant une tempête en mer, son armée est sauvée par neuf valkyries, parmi lesquelles vole Sigrún. Gudmundr les espionne alors que les bateaux s’approchent du domaine de Granmarr.

    19-24. Sinfjötli, fils de Sigmundr, apprend à Gudmundr que c’est Helgi qui débarque là pour mener une guerre. Gudmundr pense à négocier, mais Sinfjötli l’en dissuade et, d’ailleurs, Helgi confirme déjà qu’il vient combattre les fils de Granmarr.

    Les fils de Granmarr aussi ont réuni une grande armée, et la bataille fait rage. Helgi y tue de nombreux héros.

    25-29. Alors que Sigrún se réjouit de la mort de Höddbroddr, Helgi lui annonce que le destin l’a amené à tuer lui-même Högni. Elle les pleure, et regrette n’avoir pu conserver à la fois son mari et ses parents.

    Ils se marièrent. Mais Dagr, seul fils de Högni à avoir survécu en jurant fidélité aux Völsungar, obtient de Oðinn sa lance. À Fjöturlundr (Bosquet-aux-Liens), il assassine son beau-frère. Il chevauche alors auprès de sa sœur.

    3O-38. Dagr apprend la nouvelle à Sigrún, il a dû à contre-cœur tuer Helgi. Celle-ci le maudit pour son parjure. Il lui propose alors un royaume et des anneaux en réparation. Elle refuse et loue son mari mort.

    39. Helgi est enterré, puis accueilli au Valhöll par Óðinn. Il y insulte Hundingr.

    40-42. Mais un soir, une servante s'approchant du tertre de Helgi l'aperçoit chevauchant avec une armée. Celui-ci la rassure, il ne s'agit pas du Ragnarök. Elle s'empresse de prévenir sa maîtresse Sigrún.

    43-49. Sigrún s'entretient alors avec Helgi. Elle s'étonne de le voir couvert de sang, il se plaint de ses larmes. Elle prépare un lit et dort auprès de son mari. Mais bientôt il doit repartir pour la salle d'Óðinn, empruntant le chemin de Hel.

    50-51. Le lendemain, Sigrún revient. Au coucher du soleil, elle comprend toutefois que son mari ne reviendra pas.

    La prose finale raconte que Sigrún ne survécu pas longtemps, minée par le chagrin. Elle évoque une vieille croyance selon laquelle Helgi et Sigrún se seraient respectivement réincarnés en Helgi Haddingjaskati (en) et Kára. Le lai de Kará en ferait une valkyrie, fille de Halfdan.

  • Helreið Brynhildar

     

    Helreið Brynhildar (Le Voyage de Brynhildr au Séjour de Hel) est un poème héroïque de l'Edda poétique, trouvé dans le Codex Regius, et rattaché au cycle de Sigurd.

    Il raconte dans un prologue en prose que la valkyrie Brynhildr et le héros Sigurd sont brûlés sur leurs buchers funéraires. Brynhildr est brûlée sur un char, et se retrouve dans l'Au-delà à parcourir le chemin de Hel lorsqu'une géante l'engage. Les strophes commencent alors et sont au nombre de 14. La géante accuse Brynhildr d'aimer l'époux d'une autre (Sigurd) et d'avoir causé la mort de héros (les Niflungar). Brynhildr lui explique qu'elle gisait avec ses 7 sœurs Valkyries à Hlymdalir jusqu'à ce que le roi Agnarr les capture. Elle fait ensuite gagner Agnarr en bataille contre le roi des Goths Gunnarr au heaume, contre la volonté d'Odin. Le dieu la punit alors d'un sommeil magique où elle est entourée d'une mur de bouclier et d'un feu ardent, et seul celui qui ne connait pas la peur pourrait pénétrer. Sigurd traverse les flammes sur son cheval Grani, et ils passent huit nuits ensemble sans se toucher. Mais Gudrun reproche quand même à Brynhildr d'avoir dormi dans les bras du héros, et lui révèle qu'ils lui ont fait épouser un autre que Sigurd (Gunnarr) par ruse. Brynhildr termine alors en disant à la géante qu'elle et Sigurd n'auraient jamais dû cesser de vivre ensemble.

  • Oddrúnargrátr

     

    Oddrúnargrátr (La Complainte d'Oddrún) ou Oddrúnarkviða (Le Poème d'Oddrún) est un Edda poétique du Codex Regius qui suit Guðrúnarkviða III et précède Atlakviða.

    Le sujet de ce poème est la complainte d'Oddrún, sœur d'Atli, pour Gunnar, son amour perdu et interdit.

    Ce texte est assez bien préservé et a peut-être été composé au XIe siècle. Sa versification est le fornyrðislag.

  • Reginsmál

     

    Le Reginsmál ou Dit de Regin est un poème héroïque de l'Edda poétique. Il est composé de vingt-six strophes entrecoupées de plusieurs passages en prose.

    Le Reginsmál évoque d'abord brièvement comment Sigurd fit la rencontre, chez le roi Hjálprek, de Regin, homme très habile mais de la taille d'un nain. C'est lui qui éleva et instruisit Sigurd. Il lui raconta aussi l'histoire de sa famille.

    Alors qu'Odin, Hœnir et Loki étaient en voyage, Loki tua une loutre. Les trois dieux allèrent ensuite passer la nuit chez Hreidmar. Mais celui-ci, apprenant la mort de la loutre, en réalité son fils Otr (« otr » signifie loutre en vieux norrois), les menaça de mort, à moins qu'en compensation ils ne remplissent et ne recouvrent d'or la peau de l'animal. Loki emprunta le filet de Rán et se rendit à une cascade où le nain Andvari avait l'habitude de nager sous forme de poisson. Il l'attrapa et, menaçant de le tuer, se fit remettre son or, y compris un anneau que le nain avait tenté de conserver. Andvari lança alors une malédiction, prédisant que son or provoquerait la mort de deux frères et de huit princes. La dépouille de la loutre fut couverte d'or, mais un poil resta visible, et Odin dut se défaire de l'anneau qu'il avait d'abord gardé. Loki répéta alors la malédiction d'Andvari. Les dieux partis, les deux autres fils de Hreidmar, Fáfnir et Regin réclamèrent leur part de l'or, que Hreidmar leur refusa. Fáfnir le tua dans son sommeil et conserva le trésor pour lui seul.

    Regin forgea pour Sigurd l'épée Gram, désirant qu'il tue Fáfnir, qui s'était transformé en dragon. Mais le héros voulut d'abord venger la mort de son père, Sigmund, tué par les fils de Hunding. Il partit donc en expédition, accompagné de Regin. Alors que leur bateau était pris dans une tempête, un homme sur un cap se présenta à eux sous le nom de Hnikar, et sous d'autres noms également connus comme étant ceux d'Odin (pour Hnikar, voir Grímnismál, 47). Lorsqu'il monta à bord, le vent tomba. Questionné par Sigurd, il lui révéla des présages et lui donna des conseils. Puis, Sigurd vainquit les fils de Hunding. L'un d'entre eux subit le supplice de l'aigle de sang.

  • Sigrdrífumál

     

    Le Sigrdrífumál ou Dits de Sigrdrífa est un poème héroïque de l'Edda poétique. Il figure dans le Codex Regius à la suite du Fáfnismál. Au terme de ce poème, les oiseaux, dont Sigurd comprend désormais le langage, évoquaient une vierge endormie au sommet du Hindarfjall.

    Sigurd se rend sur le Hindarfjall (« Mont de la biche »). Il aperçoit une grande lumière sur une montagne. S’en approchant, il découvre qu’elle provient d’une muraille de boucliers qu'il franchit. À l'intérieur se trouve un être humain endormi. Il voit en enlevant son heaume qu’il s’agit d’une femme. Puis, à l’aide de son épée Gram, il lui ôte sa cotte de mailles.

    La femme se réveille alors. Après une prière à la nature et aux dieux, elle explique qu’elle se nomme Sigrdrífa et qu'elle est une valkyrie. Odin l’a piquée avec l’« épine du sommeil » (svefnþorn) car elle a provoqué la mort d’un roi à qui le dieu avait promis la victoire. Il l’a aussi vouée à se marier. Mais Sigrdrífa s’est engagée à ne pas épouser d'homme qui connaîtrait la peur.

    Sigurd lui demande alors de lui enseigner la sagesse. Sigrdrífa lui apprend comment graver les runes, et leurs différents usages. Elle évoque aussi leur origine. Puis Sigurd lui demande des conseils. S’ensuit une liste de préceptes moraux.

    La fin du poème est perdue. À partir de la Saga des Völsungar, il est toutefois possible de reconstituer que, avant de se séparer, Sigurd et Sigrdrífa s’engagent par serments.

  • Sigurðarkviða hin skamma

     

    Le Sigurðarkviða hin skamma, en français le Chant bref de Sigurd, est une œuvre héroïque de l'Edda poétique, recueil de poèmes de la mythologie nordique, appartenant spécifiquement au cycle de Sigurd.

    Le poème est composé de 71 strophes, et il raconte le meurtre du héros Sigurd par Guthormr sous l'instigation de Brynhildr, puis le sentiment de culpabilité de cette dernière qui finit par préparer son suicide sur le bûcher funéraire du héros.

  • Völundarkvida

     

    La Völundarkvida, ou Völundarkviða en vieux norrois (« Chant de Völund »), est un poème héroïque de l’Edda poétique racontant l'histoire du forgeron Völundrqui, emprisonné sur une île, s'en échappe en volant.

    Transmis par le Codex Regius, il se compose de quarante-et-une strophes entrecoupées par trois courts passages en prose.

    Ce mythe, également évoqué dans Deor et le Waldere en vieil-anglais comme que dans la Thidrekssaga, rappelle celui de Dédale et du Labyrinthe.

    Le roi des Finnar avaient trois fils, Slagfidr, Egill et Völund qui se rendirent un jour à Úlfalar (« Vallées-aux-Loups »). Ils découvrirent au bord du lac Úlfsiár (« Lac-aux-Loups ») trois Valkyries dont la forme de cygne reposait sur la berge. Deux étaient filles de Hlödvér, la troisième de Kiárr. Ils les épousèrent mais elles durent partirent après plusieurs hivers. Slagfidr et Egill partirent à leur recherche, Völundr demeurant seul.

    1–17

    Il était l'homme le plus habile de ses mains qui fut et attendit le retour de sa femme en forgeant des anneaux d'or rouge. Le roi des Niarar, Nídudr, envoya alors ses hommes voler un de ces anneaux, dont il fit cadeau à sa fille Bödvildr. Völundr est alors endormi par sorcellerie et le roi s'empare de son épée. La femme de Nídudr lui fit couper les tendons des genoux et l'abandonna sur une île, Soevarstadr (« Séjour-de-la-Mer »). Là, le forgeron fut contraint de fabriquer des objets précieux pour le roi.

    18–26

    Isolé, Völundr conçoit une ruse. Il parvient à faire venir en cachette les fils du roi et leur propose de l'or. Puis, les ayant décapité, fait de leur crâne des coupes, de leurs yeux des gemmes et de leurs dents des broches. Il les offre à Bödvildr, qui se rend à son tour sur l'île pour faire réparer son anneau.

    32–41

    Völundr l'envoûte alors et abuse d'elle, avant de s'envoler. Il se rend au palais de Nídudr qui s'interroge sur le sort de ses fils, et lui révèle leur mort. Il prétend ensuite que Bödvildr est enceinte, et s'enfuit. Celle-ci ne peut alors que confirmer à son père avoir couché avec le forgeron.