Forêts Mythiques d'Europe

Mb broceliande

Saint Bernard disait : "Tu trouveras bien plus dans la forêt que dans les livres". Les "païens" en étaient déjà convaincus, eux qui voyaient le divin dans les Arbres Monde, Yggdrasil et Irminsul et dans la nature toute entière.

 

Des forêts plus ou moins mythiques ont traversé l'Histoire, certaines avec des bases historiques récentes reprises de l'époque gallo-romaine au siècle des lumières, forêt charbonnièreforêt hercynienne, forêt des Carnutes, forêt de Brocéliande qui pourrait être l'ancienne forêt de Paimpon... D'autres forêts mythiques ont des origines plus douteuses, forêt de Scissy (qui aurait existé dans la baie du mont Saint-Michel avant qu'elle soit ennoyée par la mer). La forêt était aussi le « désert » où certains ermites et moines-ermites vivaient, priaient et méditaient. Certaines forêts bien réelles ont été à l'origine d'un corpus légendaire, qui peuvent évoquer des mythes plus anciens (forêt d'Iraty au Pays basque par exemple).

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  • Forêt Hercynienne

     

    La Forêt Hercynienne est une Forêt mythique de l’antique Germanie dont les légendes en font une description incroyable de par son étendue insensée et des êtres la peuplant.
    Cet Océan végétal et infinie semble bien avoir existé rassemblant en une seule Forêt celles de la Forêt Noire, de la Thuringe et de l’ancienne Bohême. Dans le Hof elle peut être assimilée à la mythique et inconnue de Myrkvid (ou Myrkwood), la « Forêt Sombre » (où l’on retrouve l’idée de Forêt Noire).
    S’étendant depuis le Rhin jusqu’à la Bohême le long du Danube, elle aurait en fait rassemblée toutes la myriade de Forêts de cette partie du continent que nous connaissons de nos jours. Ainsi voilà deux milles ans la Forêt Hercynienne n’aurait été qu’une même et seule Forêt !
    Il faut dire là que son étymologie d’abord Celtique puis Germanique (connue aussi sous le nom de Hercinia Sylva) se rapporterait aux Chênes sacrés et par syncrétisme au fameux mythe d’Yggdrasill soutenant le monde mythologique des Germains… des Germains qui la peuplaient sur toute son étendue après en avoir fait fuir les Celtes ou s’y être mêlés.
    Cette notion sacrée se confond aisément aux croyances de racines communes s’enchevêtrant et communiquant entre toutes les Forêts entre-elles. Ses trois « poumons » à l’instar des trois fameuses racines d’Yggdrasill se localisant peut-être comme on l’a vu entre la Forêt Noire, la Forêt de Thuringe et la Forêt de Bohême.
    Voici comme la décrivit le grand César lui-même :

    « Il n’est aucun Germain de cette contrée qui, après soixante jours de marche, puisse dire qu’il est arrivé au bout ni savoir en quel lieu elle commence. On assure qu’elle renferme beaucoup d’espèces de bêtes sauvages qu’on ne voit pas ailleurs ».

    César encore y cite la présence d’animaux fabuleux tels que les Aurochs, les Elans et d’autres ayant fait penser à des Licornes. On l’a dit sacré, hanté et doué d’une propre conscience peut-être relatée par le terme « Suos »… que l’on retrouve dans l’appellation « Chattos Suos » désignant les gardiens de cette Forêt, les Chattes qui y auraient établi une cité mythique et à jamais demeurée introuvable, la cité de Mattium !
    Dans tous les cas, cette Forêt fut le lieu des plus mythiques rencontres et batailles entre les Romains et les Germains depuis Drusus qui y fut le premier repoussé, Germanicus qui dut lui aussi battre en retraite jusqu’à la fameuse Bataille de Teutoburg où le héros Arminius y décima les légions Romaines… Elle fut également le témoin des premières LimesRhénanes et Danubiennes mais également traversée par la fameuse Route de l’Ambre…

    Quoi qu’il en soit cette Forêt Mythique connue depuis les origines est toujours resté comme le « Havre » mythique des peuples de cette partie de l’Europe s’y réfugiant à chaque menace. Cette entité est à l’image des croyances des peuples de la Terre-Mère et elle rassemble nombres de leurs symboles….

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  • Forêt de Brocéliande

     

    Merlin et Viviane

    Brocéliande est une forêt mythique de la légende arthurienne, où se déroulent de nombreux récits mettant en scène Merlin, les fées Morgane et Viviane, ainsi que certains chevaliers de la table ronde. Les textes y situent plusieurs hauts lieux et hauts faits, notamment le val sans retour où Morgane piège les hommes infidèles jusqu'à être déjouée par Lancelot du lac, et la fontaine de Barenton réputée pour faire pleuvoir. Brocéliande serait aussi le lieu de la retraite, de l'emprisonnement ou de la mort de Merlin. Le premier texte à la citer est le Roman de Rou, par le poète anglo-normand Robert Wace, autour de 1160. C’est dans les textes postérieurs qu’elle trouve son nom actuel et la plupart de ses attributions, sans que les indices sur sa localisation soient concordants. Sa première localisation physique revendiquée remonte au 30 août 1467 lorsque les Usemens et Coustumes de la foret de Brecilien sont écrits au château de Comper, par un certain Lorence, chapelain du comte de Laval. Anciennement, Brocéliande était assimilée à la Forêt de Lorge (dite aussi forêt de Quintin), mais depuis le milieu du XIXe siècle, les différents auteurs l'associent de préférence à la forêt de Paimpont. Cette théorie est la plus largement admise par la culture populaire, et en France, seules les communes autour de la forêt de Paimpont ont le droit d'utiliser le nom « Brocéliande ». Cette dénomination revêt désormais un intérêt économique considérable pour cette région.

    La plus ancienne forme connue, Brecheliant, a fait supposer que le toponyme serait basé sur le celtique Brec'h (colline), suivi d'un nom d'homme.

    Brecilien supposée comme forme ancienne de Brécheliant est, elle, basée sur bre (colline ayant ici le sens de motte castrale) et le nom d'homme Silien, même si selon certains l'étymologie en *bré pourrait aussi désigner « le fauche » ou encore « la battu du désert » un point bas et marécageux. Il existe trois Brecilien (ou Bressilien) en Bretagne. Il s'agit de trois lieux nobles ayant possédé une motte féodale : le Brécilien de Paule, dans les Montagnes Noires, le Brecilien qui donne son nom à une forêt près de Paimpont et Montfort, et le Bressilien de Priziac.

    Chez les trouvères, « Bresilianda » désignait la Bretagne armoricaine en entier. La forme Brocéliande, plus tardive, pourrait être basée sur bro (signifiant pays enbreton), mais semble être une invention de Chrétien de Troyes.

    Wace cite les chevaliers bretons qui participent à la conquête de l'Angleterre, et parmi eux « Ceux de Brecheliant (sic) dont les Bretons disent maintes légendes… ». Il cite aussi la fontaine de Barenton, qui a des propriétés merveilleuses : « La fontaine de Berenton/sort d'une part lez le perron… ».

    Il faut ensuite attendre Chrétien de Troyes qui vingt ans plus tard, dans le Chevalier au lion, évoque Brocéliande comme une forêt merveilleuse dont la fontaine (qu'il ne nomme pas) est défendue par un chevalier invincible.

    Entre 1180 et 1230, Brocéliande est citée par divers auteurs : Huon de Mery, Guillaume Le Breton, Giraud de Barri, Alexandre Neckam, Robert de Boron... et apparaît aussi dans le roman occitan de Jauffré. Aucun de ces auteurs n'indique la position exacte de la forêt. Au mieux, comme on peut le constater à la lecture de ces sources, ils indiquent que la forêt se trouve en Bretagne armoricaine. Vers 1230, Robert de Boron est le premier à associer Merlin à Brocéliande.

    Les auteurs anciens étant muets sur la localisation de Brocéliande, il existe plusieurs hypothèses de valeurs inégales pour la situer.

    Pour Wace, elle se situe en Bretagne armoricaine alors que pour Chrétien de Troyes elle semble se situer outre-Manche. L'une de ces hypothèses serait que Brocéliande n'a jamais existé, et qu'il s'agirait d'un mythe relayé par Wace, puis repris par Chrétien de Troyes à partir du texte de ce dernier.

    La première revendication physique de Brocéliande date de 1467, lorsque la charte des « Usemens et Coustumes de la foret de Brecilien », est écrite le 30 août 1467 au château de Comper, près de Paimpont, par un certain Lorence, chapelain du comte de Laval. Le manuscrit reprend le texte de Wace jusque dans la description de la fontaine qui ferait pleuvoir :« […] il y a une fontayne nommée la fontayne de Bellenton, auprès de laquelle fontayne le bon chevalier Ponthus fist ses armes, ainsi que on peult le voir par le livre qui de ce fut composé ». L'auteur, une personne avertie, donne ses sources en citant le Roman du chevalier de Ponthus. Dans Hauts lieux de Brocéliande, Claudine Glot voit dans cette charte la plus ancienne localisation de Brocéliande identifiée aux terres de Guy de Laval, seigneur de Comper, bien avant la vague romantique du xixe siècle.

    À cette époque, les grandes familles bretonnes tentent d'appuyer leur gloire en revendiquant la possession de terres arthuriennes, ainsi, en 1475, les Rohan affirment descendre d'Arthur et posséder le château de la Joyeuse Garde « où le roi Arthur tenait sa cour ». Les Laval, reconnaissant en leur terre de Brecilien, le Brecheliant de Wace, inventent la « fontaine magique » et se proclament ainsi seigneurs de Brocéliande.

    Aux XVIII et XIXe siècles, les auteurs romantiques défendent différentes localisations : l'abbé de La Rue évoque la forêt de Lorge près de Quintin, Châteaubriandl'identifie à Becherel, écrivant d'ailleurs : « Au xiie siècle, les cantons de Fougères, Rennes, Bécherel, Dinan, Saint-Malo et Dol, étaient occupés par la forêt de Brécheliant ; elle avait servi de champ de bataille aux Francs et aux peuples de la Domnonée. Wace raconte qu'on y voyait l'homme sauvage, la fontaine de Berenton et un bassin d'or. ». Certains auteurs, dont le plus imaginatif semble être Blanchard de la Musse, retrouvent la charte des Usemens de Brecilien datée de 1467, et placent le Tombeau de Merlin et le val sans retour dans les environs de Montfort et de Paimpont. Dès la fin du XVIIIe siècle, « l'identification entre la forêt de Paimpont et Brocéliande constitue comme une sorte de vérité historique » et en 1835, elle fait pratiquement l'unanimité.

    Depuis les années 1980, des auteurs, comme J.-C. Even ou le professeur J.-C. Payen pour ne citer qu'eux, commencent à la mettre en doute, plaçant Brocéliande à Huelgoat, à Paule, dans la région de Dol voire en Normandie (ce qui, pour cette dernière hypothèse du moins, est contraire aux textes les plus anciens).

    (Ressources Wikipédia)

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    La foret de broceliandeLa foret de broceliande (31.09 Ko)

  • Forêt des Carnutes

     

    Territoire des Carnutes

    Les Carnutes sont un peuple de la Gaule celtique et exploitant le riche plateau de Beauce. Ils ont donné leur nom à la ville de Chartres.

    Les Carnutes qu'on trouve en Gaule au temps de César sont un peuple ancien - ou du moins leur nom l'est-il. Tite-Live compte des Carnutes parmi les peuples gaulois qui, conduits par le semi-légendaire Bellovesos, émigrèrent vers l'Italie au temps de Tarquin l'Ancien (VIe s. av. J.-C.).

    Peut-on rapprocher ces Carnutes des Carni (territoire : la Carnia) cités par le même Tite-Live et par Pline comme installés au nord-est de la Vénétie, et qui ont donné leur nom à la Carniole slovène, les Alpes Carniques voisines, peut-être la Carinthie autrichienne (son nom ancien, Carantonia, invite à l'écarter de cette origine) avec son Carnuntum, future métropole romaine. ?

    Ces Celtes montagnards donneraient corps à l'hypothèse étymologique la plus courante : le nom des Carnutes reposerait sur un celtique *karno : irl. *carn, gaël. *cairn, tas de pierres, monticule rocheux. Cette forme – ou une forme voisine – est attestée dans la toponymie du pays chartrain. Bien que, dans l'esprit de beaucoup, elle évoque encore la vieille proximité des Celtes et des mégalithes, c'est aujourd'hui l'explication la plus raisonnable, car philologiquement la plus satisfaisante. Cela ne garantit pas pour autant son exactitude.

    La mise en relation du nom des Carnutes avec celui du dieu Cernunnos par une racine qui signifierait « cornes » paraît aujourd'hui aussi abandonnée que les casques cornus.

    Un hypothèse plus récente le fait remonter à une racine i-e *ker/kor, dont dépendrait le nom celtique du cornouiller et qui mettrait, par l'intermédiaire d'un « arbre-totem », nos Carnutes en relation avec les Cornouailles armoricaine et insulaire. Elle plaît à tous ceux qui voudraient rapprocher les Carnutes d'un noyau celtique dur, mythiquement situé en Bretagne.

    Mais on est en droit d'être sceptique, rien n'étant assuré, en définive, quant au sens de ce nom.

    Forêt massive, royale, puis domaniale... les adjectifs pour qualifier Bercé ont été nombreux au fil du temps. Depuis la « carnuta silva » (forêt des Carnutes) de l'époque romaine jusqu'à aujourd'hui, des siècles de sylviculture l'ont modelée et lui ont donné cette singularité qui en font l'un des plus beaux espaces naturels de France. On y compte environ 75 % de chênes dont certains sont tricentenaires et atteignent des hauteurs vertigineuses.


     

    Cairn

    Un cairn (ou montjoie) est un amas artificiel de pierres placé à dessein pour marquer un lieu particulier. On les trouve la plupart du temps sur les reliefs, les tourbières ou au sommet des montagnes. Ce terme est souvent utilisé en référence à l'Écosse, mais peut aussi être utilisé dans d’autres lieux.

    Le mot cairn (galgal est tombé en désuétude) est adopté par les archéologues pour désigner un grand monument de pierre sèche du Néolithique, quadrangulaire ou circulaire, qui recouvre entièrement un ou plusieurs dolmens à couloir. Ces dolmens sont en pierre sèche et à voûte en encorbellement (début du Ve millénaire) ou mégalithiques (seconde moitié du Ve millénaire et début du IVe).

    Le mot vient du pré-celtique et celtique * karn et par-delà du pré-indo-européen * kar (« pierre, rocher »). Le mot celtique a donné le mot écossais càrn qui a un sens beaucoup plus large : il peut désigner plusieurs types de collines ainsi que des amoncellements naturels de pierres. Le breton a le mot karn, que l'on retrouve dans la toponymie, là où il y a des cairns dolméniques : île Carn, Pors Carn, Carnac, Carnoët…

    Ils remplissent plusieurs fonctions :

    - baliser un sentier traversant un sol rocailleux ou aride, ou traversant un glacier ;

    - repérer un point particulier comme le sommet d’une montagne ou un col, la présence d'une grotte ou certains de ses accès ou passages intérieurs ;

    - marquer un site funéraire ou célébrer les morts ;

    - servir de support à des pratiques religieuses telles que des drapeaux de prières en Himalaya et au Tibet.

    En outre, les cairns furent utilisés pour commémorer toutes sortes d'événements : un site de batailles, un endroit où un chariot fut renversé, etc.

    Ils peuvent varier de simples amas branlants à de savantes prouesses de construction comme au col du Carro en France.

    À cause de la simplicité du concept, les cairns sont présents partout dans le monde dans les régions alpines et montagneuses. On peut aussi les trouver dans les déserts et les toundras.

    Ces traditions actuelles dérivent de la coutume, remontant au moins au Néolithique moyen, de construire les sépultures à l'intérieur de cairns. Ils étaient situés de manière proéminente, souvent sur les hauteurs du village des défunts. On en trouve encore, et ils sont souvent plus grands que les cairns modernes d'Écosse. On pense que ces pierres étaient placées là pour plusieurs raisons, comme dissuader les pilleurs de tombes ou les charognards. Une théorie plus sinistre prétend qu'ils empêchaient les morts de renaître. Il est intéressant de remarquer que, encore de nos jours chez les Juifs, la tradition veut qu'on dépose des petits cailloux sur la tombe que l'on visite. Il est possible que cela ait une origine similaire. Les stûpas d'Inde ou du Tibet ont probablement été érigés pour les mêmes raisons, bien que, désormais, ils contiennent généralement les cendres de saints bouddhistes ou de lamas.

    En Écosse, il est de coutume de transporter une pierre jusqu'en haut de la colline pour la déposer sur un cairn. Ainsi, les cairns deviendraient de plus en plus grands. Un ancien dicton écossais dit « Cuiridh mi clach air do chàrn », c'est-à-dire « Je déposerai une pierre sur ton cairn ».

    En Afrique du Nord, ils sont parfois appelés kerkour.

    Ils sont fréquents en Corse.

    Dans les îles Féroé, qui sont exposées à de fréquents brouillards et à de fortes précipitations, et qui ont quelques-unes des plus hautes falaises du monde, les cairns sont souvent utilisés comme moyen de repérage au milieu des collines ou sur terrain accidenté. De plus, autrefois, la plupart des déplacements autour des îles se faisant par la mer plutôt que par la terre, les reliefs se retrouvaient souvent abandonnés.

    Dans les régions montagneuses d'Amérique du Nord, les cairns sont souvent utilisés pour baliser les sentiers de randonnées ou les pistes de cross-country au-delà de la limite forestière. La plupart sont petits, 30 centimètres ou moins, mais certains sont construits plus haut pour pouvoir dépasser de la neige. La tradition veut que chacun, arrivé au niveau d’un cairn, ajoute une pierre, entretenant ainsi l'ouvrage et combattant les effets destructeurs des intempéries hivernales. Souvent, la coutume est d'en ajouter seulement au-dessus, et d'utiliser une pierre plus petite que la précédente, formant alors un assemblage instable de petits galets.

    Bien que la pratique ne soit pas répandue en français, les cairns sont souvent désignés par leurs attributs anthropomorphiques. En allemand et en néerlandais, les cairns sont appelés respectivement Steinmann et Steenman, qui signifient littéralement « homme de pierre » ; en piémontais, ils sont appelés omèt « petit homme ». Une forme d'inukshuk inuit évoque aussi une silhouette humaine, et est appelée un inunnguat (« imitation d’une personne »).

    Concernant les religions de l'Antiquité, et particulièrement le Panthéon grec, ces pratiques seraient à l'origine du culte d'Hermès, divinité du voyage, du commerce, de l'échange, des bergers. L'habitude d'ériger des monticules de pierre à destination des voyageurs dans un objectif de repérage d'un itinéraire aurait amené à créer des cultes héroïques locaux pouvant être amené à se diffuser. En grec, ces monceaux de pierre sont des Hermios.

    La grande architecture de la pierre apparaît au Néolithique, au début du Ve millénaire, dans le complexe Atlantique, avec les dolmens à couloir recouverts d'un cairn. Les plus anciens dolmens sont entièrement de pierre sèche (c'est-à-dire sans mortier), à voûte en encorbellement. Puis, dans la seconde moitié du Ve millénaire et dans la première moitié du IVe, l'architecture dolménique adopte le mégalithisme : de grands et lourds blocs de pierre constituent maintenant tout ou partie des parois et de la couverture du dolmen.

    Tous les dolmens qui apparaissent nus aujourd'hui étaient couverts d'un cairn. La disparition de ce dernier est due à la gêne causée à l'agriculture ou au réemploi des pierres comme matériau de construction. Selon Jean L'Helgouach, « il ne semble pas que de vrais dolmens à couloir aient été enfouis sous des tumulus de terre. »

    Le cairn ne doit pas être confondu avec le tertre ou le tumulus. On distingue :

    - le tertre, qui est une butte de terre ;

    - le cairn, qui est fait uniquement de pierres ;

    - le tumulus, qui conjugue la pierre et la terre (tertre à parements de pierre ou cairn recouvert de terre).

    Un cairn dolménique est un amas de pierres de taille moyenne qui recouvre entièrement un ou plusieurs dolmens à couloir. Ces dolmens peuvent :

    - être entièrement de pierre sèche ;

    - être de structure mégalithique ;

    - combiner les deux structures (comme la chambre A de Barnenez, où la voûte en encorbellement est en partie supportée par des piliers — qui sont, pour certains, simplement plaqués contre la muraille de pierre sèche).

    Le plan ovoïde et le profil arrondi que présentent aujourd'hui des cairns allongés sont dus à une dégradation naturelle. Il en va de même pour la forme en dôme de cairns circulaires. À l'origine, le cairn — qu'il fût quadrangulaire ou circulaire — était contenu dans un ou plusieurs murs de parement…

    - Les dolmens à couloir moyen ou long avaient deux ou trois murs de parement, de plus en plus bas à mesure que l'on progressait vers l'extérieur. Dans le cairn secondaire de Barnenez, les parements intérieurs ont plus de quatre mètres de hauteur, dans leur état actuel. Jean L'Helgouach pense qu'ils atteignaient six à huit mètres.

    - Dans le cas des dolmens à couloir très court, on ignore s'il y avait plusieurs de ces enceintes.

    Ces ceintures de parement concentriques et à degrés donnaient donc au cairn allongé une forme étagée, comme à Barnenez. Quant au cairn circulaire, sa forme générale était celle d'un dôme surbaissé à un ou plusieurs tambours.

    On trouve au Danemark et en Suède des dolmens à couloirs (dolmens en T) groupés dans de grands tumulus rectangulaires. Mais, pour ce qui concerne les pays de l'Atlantique nord, il semble bien que les cairns allongés soient particuliers à l'Armorique. On n'en trouve ni en Irlande ni en Grande-Bretagne ni dans la péninsule Ibérique. Même en Armorique, ils sont rares. Le plus connu est Barnenez (72 × 20-25 m, 11 dolmens), qui est un des plus anciens cairns dolméniques encore debout (vers 4600 avant notre ère). Il y a aussi :

    - les quatre cairns de l'île Guennoc (le cairn III mesure 28 × 8-18 m, il contient 4 dolmens) ;

    - le Cairn de la Ville-Pichard, en Pléneuf-Val-André (3 dolmens) ;

    - le cairn du Mané Bras, à Kervilor, en La Trinité-sur-Mer (3 dolmens) ;

    - le cairn de Kerentrech, à Crac'h ;

    - le cairn du Mané Bras, à Erdeven (3 dolmens).

    Dans les cairns allongés avec dolmens à couloir, les entrées se trouvent toutes sur une des deux plus longues façades.

    Le cairn circulaire est la forme la plus courante en Armorique, mais il y en a aussi en Irlande, en Grande-Bretagne, dans le nord de l'Europe, dans le centre-ouest et dans le midi de la France, et dans la péninsule ibérique. Partout, il y a des murs de parement.

    On trouve parfois, sous un même cairn circulaire, deux dolmens à couloir côte à côte. Cette disposition est assez fréquente dans le Morbihan, à proximité du littoral (par exemple, à Dissignac). Il existe même à Rondossec, en Plouharnel, un ensemble de trois dolmens à couloir qui paraît avoir eu un cairn circulaire.

    Le cairn de l'île Carn (vers 4200 avant notre ère) est un cas exceptionnel. Le cairn primaire, trapézoïdal, du Néolithique moyen, contient trois dolmens à couloir côte à côte. Au Néolithique final, il est noyé dans un « massif d'interdiction », un grand cairn circulaire qui dissimule les trois entrées. C'est le plus spectaculaire exemple de structure d'interdiction, et c'est l'unique site à cairn dolménique allongé où une structure quadrangulaire devient structure circulaire.

    Pierre-Roland Giot a notamment dirigé les fouilles des cairns de Barnenez, de l'île Guennoc et de l'île Carn. Selon lui, des entreprises si ambitieuses montrent que des sociétés d'humains ont alors conscience de ce qu'elles sont, qu'elles prennent suffisamment confiance en elles pour dépasser les préoccupations du quotidien. Giot estime que la construction de monuments « démesurés et prestigieux » est sûrement liée à une « signification symbolique » envers le monde des morts et celui des vivants, à la signification du site choisi, à celle des objets qu'on y dépose, à celle des êtres invisibles censés lepeupler… Il précise cependant qu'il serait bien vain, à partir des maigres indices matériels dont nous disposons, de tenter d'imaginer « la complication infinie » des « systèmes idéologiques entiers » dont faisaient partie l'édification et l'utilisation de ces monuments.

    Giot n'est pas loin de penser que cette signification symbolique passe avant l'aspect fonctionnel de « sépultures » auquel nous sommes tentés de les réduire. Et il tient pour certain qu'imiter une habitation (avec une entrée et une salle), imiter le corps féminin (avec la porte de la naissance), imiter une caverne (féminisée, dans bien des cultures) étaient des expressions d'ordre « rituel » ou « religieux » auxquelles étaient liées des cérémonies publiques ou secrètes. Cette signification symbolique serait aussi « celle de la puissance, du pouvoir social (divinisé), de la cohésion sociale ou de la hiérarchie » : le cairn pourrait être la maison des ancêtres mythiques, le « lieu de passage ou de séjour obligé » d'individus ayant une position focale dans le corps social. Giot se plaît donc à voir, dans les cairns du Néolithique moyen, tout à la fois des églises, des antres de pythies, des cimetières, des reliquaires, des monuments aux morts, des mairies, des palais, des tribunaux, des lieux de supplice, des écoles, des marchés, des terrains de jeu et des théâtres…

     

    (Ressources Wikipédia)